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Jaimecrire, l'univers de Sébastien Bonmarchand !

suite de la nouvelle "la clope-abeille"

18 Février 2008, 14:57pm

Publié par Séb

lien vers le début de la nouvelle : http://jaimecrire.over-blog.com/article-16654616.html

Je me garai devant le portail moins d'une heure plus tard. La circulation, fluide, et les chansons, douces, passant à la radio rythmèrent mes souvenirs. L'annonce cochée à tout hasard pendant les premières vacances universitaires, la prise anodine de rendez-vous, la première rencontre avec cette femme sans âge, d'humeur toujours égale, chaussée d'escarpins délavés. Elle portait toujours des robes à fleurs, qui lui conféraient un air plus jeune.
Ses yeux, bleus horizon, semblaient contenir des secrets ancestraux.
Lors de notre rendez-vous, elle me dit, d'emblée :
- Ce sera vous. Pas parce que vous êtes le premier à avoir répondu, mais parce que vous êtes le premier à avoir trouvé ce trou perdu et à  être arrivé en avance. Les deux autres ne sont que des bons à rien.
- Ou juste mauvais en tout, objectai-je dans un sourire.
Il fut convenu, très rapidement, que je viendrais la voir deux fois par semaine, à raison de deux heures quotidiennes de lecture et de menus travaux, le cas échéant. Ce seraient les mercredis et samedis après-midi, de 14h à 16h. 
Pendant les "petites vacances", je serais peut-être amené à venir plus souvent.
Livres-1.gif
Dans mon esprit, ce job étudiant ne durerait que quelques semaines et je pensais arrêter avec la reprise des cours, six semaines plus tard. Mais je me pris d'affection pour cette femme aux manières anglaises, une crème de politesse et d'attentions, et à l'intelligence raffinée.
Dès la deuxième semaine, je vins finalement tous les jours, et insistai pour que ces heures supplémentaires fussent considérées comme bénévoles. Mais je trouvai dans ma boîte aux lettres une liasse d'argent liquide qu'elle refusa vigoureusement de reprendre lorsque je lui tendis.
Tandis qu'assise dans un antique fauteuil, elle regardait par la fenêtre, un étui vide à cigarettes entre les mains, je lui lus "Vingt mille lieux sous les mers" en une semaine. Elle devait souvent me prier de rentrer chez moi, la nuit tombée rendant les routes incertaines, selon elle.
Nuages-10.gif
Un jour, peu avant mon retour à la fac, je fis une pause-pipi et, ne me venant plus revenir, elle se mit à m'appeler, de plus en plus inquiète.
Lorsque je sortis des toilettes, après avoir passé quelques minutes au téléphone avec une amie, elle fut rassurée de m'avoir retrouvé mais me demanda aussitôt si je m'étais, par mégarde ou curiosité, rendu au grenier. Surpris, n'y ayant même pas songé, je lui répondis que non.
- Moi vivante, n'y allez jamais, jamais ! me dit-elle en me glaçant d'effroi.
Elle ne voulut pas connaître, ce jour-là, la suite des aventures des robots d'Asimov et rejoignit sa chambre sans me raccompagner à la porte, comme de coutume, ni me souhaiter bonne route ou bonne nuit. 
J'ignorais que je ne devais plus la revoir que deux fois, sans qu'elle ne me témoignât le moindre intérêt, et que lors de notre dernière entrevue, elle m'annoncerait, à brûle-pourpoint, sa décision "irrévocable" de rejoindre dès le lendemain une maison de retraite.
Nous nous écrivîmes pendant quelques semaines, puisqu'elle refusait que je lui rende visite, puis la fréquence épistolaire diminua, jusqu'à, les années passant, définitivement disparaître et sortir de ma mémoire.

Aujourd'hui, je me trouvais devant cette maison abîmée.
Le soleil allait se coucher.
Je me dirigeai d'un pas décidé vers le grenier.

lien vers la suite et la fin de cette nouvelle :  http://jaimecrire.over-blog.com/article-16917450.html

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Fanny 18/02/2008 16:30

Salut petit Seb, je viens tout juste de découvrir ton site.  J'ai lu quelques notes que tu as postées. Tu as eu une excellente idée de créer ton blog. Je te souhaite bon courage pour la suite et te dis à très bientôt! Fanny