Tout est là !
Depuis quelques jours, je m'intéresse à la question du manque.
J'ai, par le passé, souvent senti peser sur mes épaules le poids de l'Absence. Cette absence totale et irréparable de celle aimée et qui, un beau jour, fout le camp, généralement avec un
autre.
Cette Absence-là s'appelle travail de deuil et elle, comme l'a souligné Apollinaire, ressemble à une mer, baptisée Mélancolie, qui séparerait deux rivages, celui de l'amour et celui du
dédain.
Non, le manque dont je parle est celui de l'autre. On entend souvent : "Tu m'as manqué !" I miss you so much than you can't imagine...
Mais qu'est-ce donc, le manque ?
C'est l'attente et le besoin melé au souvenir. Qui a dit "partir, c'est mourir un peu" ? C'est cela. On attend le retour comme une résurrection.
________________________________________________________
Je reprends ce billet, entamé il y a quelques jours. Il est 3h15 du matin et le sommeil ne veut pas de moi.
La moiteur de mon salon-chambre, associée aux idées que je ressasse, Renaud via Youtube en arrière-plan...
Ce n'est pas tant la question du manque, ce soir, qui me pousse à écrire, que celle d'etre à un carrefour.
J'ai ce sentiment, diffus et confus, d'etre planté là, sans repères, au milieu d'un grand rien désertique. Tout droit, derrière moi, à ma gauche, à ma droite, la meme absence, les memes
interrogations.
Que faire ? A quoi bon ?
Meme écrire la suite de mon roman ne me motive pas.
Mon écureuil s'est échappé de sa cage, quand je la lui changeais. Je ne sais pas où il est. C'est con, mais ça m'empeche de dormir ! Pouvait pas attendre, cet imbécile ? Où est-il ? Encore dans
l'appart où évadé je ne sais où par je ne sais quel trou de souris ?
Mon psy me pense guéri. M'a meme autorisé à ne plus prendre mes anti-dépresseurs. Je me soigne à grands coups de Camel dans les poumons, est-ce mieux ?
L'absence de mon écureuil me plonge dans un tel état de renoncement que je me demande comment je réagirais si c'était un humain, un proche, un parent, qui disparaissait. C'est tellement
dispropotionné de réagir ainsi !
Je devrais dormir, me ressourcer, imaginer les textes à venir, découvrir ces mondes où gisent des héros en attente d'un souffle de vie, mais non.
C'est peut-etre relatif aux obsèques auxquelles j'ai assisté lundi. C'est tellement trise de mettre en terre un gosse de 20 ans qui a la vie devant lui et à qui un accident interdit de poursuivre
sa route.
Je suis parti avant la fin tellement ça m'a touché. Pourtant, je ne le connaissais pas. Je ne connais que sa mère, à qui j'ai voulu témoigner de mon soutien. Tu parles d'un soutien.
Tout à l'heure, en essayant de dormir, j'imaginais mes disparus, en ce moment précis, dans leur tombe. Lugubre, macabre...
Des os. Des lambeaux. C'est ce qu'il reste.
C'est ce qu'il restera de moi et de ceux que j'aime. A quoi bon se démonter à essayer de faire quelque chose de sa vie, dans ce cas ?
Non, ce ne sont pas les propos d'un gars désespéré qui va aller se pendre une fois ce billet publié. C'est juste que je m'interroge.
Au fond, qu'est-ce qui me motive dans l'écriture ? Parfois je suis effrayé de penser que c'est simplement le désir de postérité qui me guide. Comme si j'avais si peur de ne plus rien etre,
de n'etre rien devenu durant le temps imparti, et que je devienne comme mon pote mort à meme pas 17 ans : rien.
Ou un vague souvenir que les années, les décennies, les générations repoussent toujours plus loin...
C'est ça mon problème : je veux bien disparaitre, parce que ce n'est pas à l'heure actuelle négociable, mais je ne veux pas ne rien devenir.
Alors il me faut choisir ma route.
Quel travail ? Quelle vie amoureuse ? Quel logement ? Quelle ville ? Quelle... écriture ?...
Mon psy m'a autorisé à ne plus prendre ces anti-dépresseurs sur lesquels je m'appuyais depuis un peu plus d'un an pour
des raisons qu'il est inutile de rappeler ici.
Je savais, pour l'avoir déjà vécu, qu'un arret brusque engendrerait des conséquences négatives sur ma vie sociale. J'ai donc diminué pour arreter au 1er juillet.
Naturellement, il y eut une grosse turbulence à passer deux jours après l'arret, mais Koala a su etre présente.
Depuis, je me sens mieux.
Et, surprise, j'ai le sentiment de redevenir créatf, de surprendre à nouveau des idées, des images, défiler sur les autoroutes de mon cerveau. "D'elles en ailes" reverdit, les deux derniers
chapitres sont en chantier dans ma tete, ce blog attise ma motivation, mes réparties en société font de nouveau mouche, je ressors de ma coquille...
Alors je vous le demande, à plus grande échelle, sachant que notre pays est le plus gros consommateur au monde de toutes ces petites merdes pro-bonheur, est-ce là, une des raisons de notre
léthargie, de notre apathie ?
France, lève-toi, écrase tes pillules du bonheur et regarde l'état dans lequel tu es !
Moi, je me (re)lève et je (re)prends la plume.
Oui, je deviendrai cet écrivain, cet homme de lettres que je reve toujours d'etre.
Une très bonne amie m'a dit il y a quelques mois, quand j'étais au creu de la vague : "Ne
t'inquiète pas, la roue tourne."
J'avais certainement répondu : "Phrase toute faite destinée à ceux auxquels on ne sait plus quoi dire."
Force est d'admettre que la miss avait raison. En meme temps, elle est artiste, donc ce qu'elle dit doit etre pris au sérieux. lol.
J'ai, je pense, trouvé l'amour. Mais, petits lutins jaloux ou curieux, vous ne saurez rien, ce n'est pas là l'objet de ce blog.
J'ai également entamé un suivi personnalisé pour trouver un vrai travail et dans deux jours j'entame une nouvelle vacation. Bon, c'est dans un trou perdu des Vosges à une heure de chez moi, mais
au moins je (re)prendrai un rythme de vie à peu près normal, j'aurai une activité intellectuelle et également un peu d'argent, ce qui n'est guère négligeable dans mon cas...
L'idée étant également que ce métier de prof m'attire de plus en plus... Alors qu'en théorie j'y suis allergique et que je ne m'en cache pas, quand je suis dans le bain, je me sens vraiment à
l'aise et utile...
Bref, nouvelle vie en couveuse... l'été s'annonce bien !
Ne reste plus qu'à prendre le temps d'écrire...
A ce qu'il parait, il faudrait rire un quart d'heure par jour
pour entretenir sa santé. En ce moment, je ris, beaucoup. Je fais rire, aussi. Peut-être vais-je retrouver, tu sais, lutin incandescent, cette étincelle vermeille qui fait que le matin n'est plus
qu'une calamité, que le chocolat fond dans la bouche avec les éclats de l'or, que les fées semblent voleter au-dessus de notre tête...
Je ne sais pas...
Ce matin, je suis allé chez mon libraire. Au détour d'un bonjour, je lui ai demandé des livres "pour les amoureux". Pas "sur", mais "pour"...
Il m'a présenté Lettre à D. d'André Gorz. Un homme écrit son amour à sa femme. Sympa, me dis-je. Puis, à brûle-pourpoint, il m'explique que le couple, âgé, s'est suicidé après l'écriture
du texte.
J'ai senti le rire monter, les côtes se tordre, les larmes affluer... Puis j'ai éclaté, ne pouvant plus me contrôler. Oui, ai-je réussi à formuler, moi qui veux aimer, vous me donnez envie de le
lire, ce livre !...
Puis il est parti, déconfit...
Je me suis ensuite rendu chez un disquaire et j'ai trouvé le dernier album de Grand Corps Malade. Son slam entretient depuis la petite étincelle et nourrit ma fée...