"Réservé aux insensés"

Comme je l'ai lu dans "Le Loup des steppes", que je vous recommande du reste, ce blog est réservé aux insensés. C'est-à-dire aux fous, aux poètes, aux âmes décousues, aux insomniaques, à ceux qui se sentent à l'étroit dans ce monde si régulé, à ceux qui se relèvent pour fumer une tige ou reprendre une lecture, à ceux qui se disent que la vie ça ne peut pas n'être que se lever, aller chercher à gagner une misère, appeler sa femme entre midi et deux, rentrer déglingué, regarder TF1, écouter religieusement Sarko, mettre une troussée à sa moitié et s'endormir pour oublier cette horloge hallucinante que l'on s'impose, après avoir renoncé à savoir si on ne nous l'imposait pas, à ceux qui se disent que des beautés régénératrices existent, qu'elles sont, pourquoi pas, à notre portée, que l'on peut, soyons dingues, les créer, les échanger...


Ici, jeune incandescent, tu trouveras de la poésie maison, beaucoup, des textes de fiction à toutes les sauces, un peu, des "reacacho" évoquant cette actu de taré qui nous englobe - nous gobe - tous et, surtout, tu seras autorisé à donner ton avis, à t'accorder une pause dans le récital de l'horloge régulée de tes jours.

Lis et dis.

reacacho

Lundi 15 juin 2009
Il y a quelques week-ends de cela, au hasard de nos pérégrinations, Koala et moi sommes allés à l'Ossuaire de Douaumont, à côté de Verdun.
Je ne connaissais pas, seulement de nom.
C'est une espèce de gigantesque coupole aux pieds de laquelle siègent des centaines de croix blanches, signalant les soldats tombés dans les tranchées de 14-18.

Ce qui m'a le plus surpris et touché, dans cet univers silencieux où même la Nature, muette, semble être tombée au champ d'honneurs, ce sont naturellement ces os (fémurs, crânes... victimes de traumas graves) jetés là en vrac, comme par dépit, dans les fondations de ce bâtiment et visibles au travers de hublots destinés aux regards voyeurs des générations venues après Verdun.

Le temps, gris, et la nuit, tombante, ont contribué à ce décors crépusculaire et, dans nos mains entremêlées, le souffle de la vie, quand nous sommes partis, n'a jamais été aussi pur et fort.
Par Séb
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Lundi 25 mai 2009

A l'occasion de ce long week-end, j'ai visité le camp de concentration et d'extermination nazi du Struthof, le seul sur le territoire français.
Avec Koala, nous avons dû digéré cette descente dans un monde indicible, qui a existé, et qui ne cesera de hanter encore longtemps les consciences collectives.
Je vais ici vous faire part de mes sensations, mais pour plus d'objectivité historique, je vous invite à visiter le site internet consacré à ce camp sur :
http://www.struthof.fr/

Il faut déjà gravir une colline pour arriver à 800m d'altitude et, à peine garés, vous faites face à cette porte sertie de fils barbelés, sorte de gigantesque bouche donnant sur des enfers modernes. Vous la franchissez et sur votre gauche les cercles de l'Enfer de Dante s'ouvrent à vous, avec ces différents niveaux planes en dénivelé, correspondant à autant de baraquements aujourd'hui disparus et dont il ne reste qu'une étendue de terre. Sur les 17 baraquements d'origine, seuls 4 (de mémoire) subsistent. Nous avons eu la chance de bénéficier d'une visite guidée, dirigée par un monsieur fin connaisseur du sujet et dont le ton n'était ni trop haineux envers "la race des seigneurs" anciennement propriétaire des lieux, ni trop baigné de pathos envers les victimes.

Il nous a appris ce qu'était le Struthof avant guerre : un lieu de villégiature hivernal où l'on pratiquait les sports d'hiver. Les touristes séjournaient à l'hôtel où, par la suite, étaient conduits les déportés avant de rejoindre le camp.
Lorsqu'il a évoqué les évasions, il a raconté cette histoire incroyable : 4 (ou 5, je ne sais plus) détenus se sont évadés en volant des costumes d'officiers allemands et... la voiture du commandant du camp ! Ils ont rejoint les mouvements de libération de la France et un seul d'entre eux a été repris pour être ramené au camp et y être fusillé pour l'exemple.
J'ai également été marqué par le fait qu'à Auschwitz un quignon de pain pouvait s'échanger contre... une bague en or.

La peinture que ce guide faisait du camp a ensuite été marquée du sceau du contraste, lorsqu'il a rappelé le cadre de vie qui était celui des SS et celui que devait affronter les déportés : d'un côté, la musique, la nourriture à satiété, les habits frais et repassés, l'hygiène ; de l'autre, des populations d'affamés que l'on battait ou tuait si quiconque allait voler la nourriture que l'on destinait aux cochons, les coups, les brimades, les menaces, le travail harassant, et la faim, la faim, la faim...
Ces deux mondes cohabitaient à quelques dizaines de mètres l'un de l'autre.

On est ensuite descendu, au gré des anecdotes, jusqu'à "la prison dans la prison", cet endroit où les détenus pouvaient être envoyés pour un oui ou un non pour des périodes allant de 3 à 45 jours, ou dans l'attente de leur exécution en cas, par exemple, de tentative d'évasion. Dans ces cellules, ils devaient rester accroupis à 10, voire 15, dans des espaces de 8 m², et on leur balançait un quignon de pain si le coeur nous en disait étant donné qu'ils n'avaient pas travaillé de la journée et qu'ils ne devaient pas être fatigués !

En sortant, nous ressentions un goût nauséabond au fond du coeur, mais ce n'était rien en comparaison de ce qui nous attendait : le four crématoire et les salles d'expériences sur cobayes humains.
Le guide nous a alors prévenus que les plus fragiles pouvaient patienter à l'extérieur s'ils ne se sentaient pas la force de visiter cet endroit-là.
Et il avait bien raison de prévenir.
Tout de suite face à la porte d'entrée, la gueule béante du four crématoire avec, sur sa langue cramoisie par la chair humaine, des fleurs artificielles déposées là comme pour adoucir la vision. Evidemment frappant.

Les explications furent toutes plus atroces les unes que les autres, avec notamment cette centaine de résistants exécutés en une seule nuit dans une salle adjacente - salle avec un sol légèrement incurvé pour permettre une meilleure évacuation du sang des victimes et un nettoyage plus efficace ; détail sordide s'il en est.
A deux pas de cette salle, on a vu la table de dissection resérvée aux expériences sur cobayes humains - notamment des Juifs - réalisées par des médecins SS qui violaient en toute connaissance le serment d'Hyppocrate mais semblaient s'en accomoder.

En quittant ces lieux d'horreur, il nous restait à faire le chemin inverse sous un soleil de plomb, c'est à dire repasser devant ces fantômes de baraquement en gravissant une côte raide comme un i sur des cailloux qui meutrissaient nos voûtes plantaires. On s'est alors souvenu des 15 heures de course à pied qu'avaient dû effectuer certains détenus lors de leur arrivée, sur ces mêmes chemins torturés et torturants, ou alors que le camp avait été tout exprès orienté plein nord lors de sa construction pour être certain que des conditions climatiques extrêmes y séviraient été comme hiver (très chaud en été, très froid l'hiver).

La visite s'acheva avec la découverte du musée ou tout était parfaitement expliqué, documents à l'appui, notamment la fiche de chaque déporté avec sa destinée.
Malheureusement, le temps pressait et je n'ai pas pu étudier ce musée avec l'acuité que j'aurais voulu, mais le peu que j'en ai vu m'a suffisamment touché pour aujourd'hui écrire ce billet et vous inviter à découvrir ce camp nazi, le seul sur le territoire français qui, il y a 60 ans, a tué entre 18 et 22 000 personnes.

Par Séb
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Dimanche 19 avril 2009
Une interwiew bien sympathique a eu lieu aujourd'hui sur Europe 1 : celle de Dominique de Villepin.

Pour mémoire, Dominique de Villepin c'est lui


C'est lui l'ancien Premier Ministre qui avait concentré sur sa personne une grande partie des haines et frustrations de la jeunesse et d'une frange révolutionnaire de ce pays à l'occasion de la lutte anti-CPE.
A priori pas trop-trop le genre de gars à s'appitoyer sur la misère humaine.
Plutot du genre à tuer père et mère pour arriver à ses fins. Le genre d'animal politique que Bernadette Chirac, qui en connait un rayon en calculateurs, surnomme "Néron", c'est dire.

Eh bien, vous savez ce qu'il nous sort ce brave Dominique, après une longue période de tournée des médias destinée à lisser son image dans les foyers et à faire de lui le gars dont on se dit :"Pouah, pensez, c'est du passé tout ça, ça a l'air d'un chic type finalement." ?

Ecoutez ça :


Il nous révèle que la France, à cause de la situation dans les usines, de la précarité galopante, de la misère des jeunes et des vieux, des institutions qui abdiquent face à la connerie humaine et de l'éducation qui ne sait plus quoi faire de ces "jeunes", est à deux doigts de répondre à la tentation révolutionnaire.

Ces mots dans la bouche de De Villepin me font hérisser le poil. Meme si je partage cet avis que l'on n'a jamais été aussi proches de troubles sociaux profonds et radicaux, que la situation, avec ou sans cette crise dont on nous rabache les oreilles, ne peut que conduire à une révolte qui sera douloureuse et violente tant elle couve depuis longtemps, je ne peux m'empecher de rire quand je l'entends dire par celui qui a si souvent et si longtemps mépriser la jeunesse et ses angoisses, fondées ou non.
Les deux mots qui me viennent à l'esprit sont : opportuniste et absent.
De Villepin est opportuniste d'attiser ces braises-là, afin de mieux les récupérer quand elles auront fini de bruler (retrouver un fauteuil de ministre après la tempete qui va sévir ?).
Et Besancenot, sur son propre terrain, est terriblement absent. Mais que fait-elle cette ultra-gauche si la droite se charge de faire son boulot ?

Enfin, à bon entendeur, comprenne qui pourra...
Par Séb
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Dimanche 19 avril 2009
Mme Royale,

Venant de suivre votre actualité, je me vois dans l'obligation de vous écrire. Au nom du peuple français, je me dois de vous le dire : vous n'avez pas été élue en mai 2007 à la Présidence de la République.

Je sais, que, pour vous, ces mots constituent toujours un choc nouveau. A l'Elysée siège un troll qui a eu l'audace d'obtenir plus de voix que votre jupe ouverte. Que voulez-vous, c'est ainsi, vous et moi, vous et nous, français, devons l'accepter. On en a pris pour 5 ans et en 2012, peut-etre, si vous ou ceux de votre camp ont des idées pour nous sortir de la merde dans laquelle on est, une nouvelle chance vous sera offerte. C'est le jeu, ma pauvre Ségo.

En attendant, vous avez à vous occuper de... votre région. Votre mandat n'est "que" local et ne vous donne pas la légitimité pour vous excuser de tout et de rien à la première occasion. Vous aviez frappé un grand coup sur le continent africain en vous excusant, au nom du peuple français, de phrases dites par notre Président, très bien, ok, pourquoi pas. Une fois passe. De plus, votre naissance à Dakar pouvait rendre naturelle cette intervention.

Mais là ! On a prété à notre Président des mots maladroits envers le Premier Ministre espagnol. Mots que l'on ne sait pas véridiques avec certitude. En un mot comme en cent : de quoi vous mélez-vous ?

Cette lettre, de meme que vos excuses, n'a aucune légitimité, car j'ai, en ouverture, parlé au nom du peuple français et, comme vous, je me mèle de ce qui ne me regarde pas.

Au lieu de vous excuser sans cesse, osez la proposition. Quand tel ou tel personnage public fait voter  telle ou telle loi, pourquoi ne pas proposer ce que VOUS, à sa place, auriez proposé ?
Si vous incarnez quelque chose, ce sont les 47% de Français qui ont voté pour vous, et dont je fais partie.
Pour ces Français, vous pouvez représenter la voie du changement, celui de l'espoir et du renouveau, de meme que votre parti, qui ne vous a pas non plus placé à sa tete, mais pour cela, il faut vous reprendre et cesser de verser dans la ridiculitude et guérir de cette excusite aigue qui vous fait perdre tout crédit.

Sur ce, je vous souhaite un prompt rétablissement.
Par Séb
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Jeudi 9 avril 2009
Décidément, nous vivons dans un monde bien surprenant et gouvernés par des humains pour le moins spéciaux.

L'actualité nous donne encore l'occasion de le constater avec dépit ou colère.
Commençons par le plus dramatique. Le tremblement de terre en Italie qui a causé plus de 300 morts et des milliers de sans-abris.
On passera sur le fait que cette catastrophe aurait a priori été annoncée par un savant et qu'il n'a pas été écouté, comme dans toute bonne catastrophe digne de ce nom.
Non, je retiens de ce drame la petite phrase "humoristique" du chef du gouvernement italien, ce brave Silvio à qui l'Italie appartient. Qu'a-t-il dit derrière ces injections de botox ou autre thérapie anti-age ? Ah oui. Que ces milliers de sans-abris, hommes, femmes, enfants, vieillards, malades, handicapés... n'avaient qu'à considérer le temps passé sous les tentes de fortune mises à leur disposition comme... du camping ! On croit rever. Ces personnes qui ont tout perdu se voient offrir des vacances gratuites. Le bonheur, on vous dit, la vision du monde proposée par le Chef du Gouvernement italien.

Mais en France, on n'est pas mal non plus. En ce moment, on parle beaucoup de crise financière, sociale, et derrière, naturellement, on oublie la perte de certains repères moraux, idéologiques, pour ne pas dire philosophiques ou religieux, qui ont sans doute précédé, voire précipité, l'existence de cette crise.
Et ces jours-ci, que se passent-ils ? Des salariés, à qui un patron daigne reverser une infime partie des bénéfices qu'eux-memes génèrent, sont à bout d'arguments, de solutions, car on leur a signifié leur licenciement. Crise oblige, comprenez bonnes gens, on n'a plus les sous, tout ça, tout ça... Et en plus, ailleurs, loin de ce pays qui réclame sans cesse toujours plus, il y a tellement de pauvres qui seraient heureux de vivre avec seulement le centième de ce qu'on vous donne.
Eh bien, que font-ils ces salariés desespérés ? Ils séquestrent leurs patrons. Parfois, meme, la force publique est appelée pour secourir le brave homme pressé de partir se dorer la pillule sur une ile, une fois que son parachute doré l'y aura déposé.
Et que dit-il Sarko de ce remu-ménage hautement légitime de la part de personnes à qui on arrache leur gagne-pain sans autre forme de procès et à qui l'on ne donne meme pas une année de salaire en guise de prime de licenciement ? Qu'ils ont tort. Que ça ne se passe pas comme ça dans un Etat de droit. Ah oui ? et comment cela devrait-il se passer ? On devrait se taire et laisser les patrons écraser nos vies pour que la leur rebondisse ailleurs ?
Sarko ne peut évidemment pas justifier et accepter que l'on s'en prenne à l'intégrité physique de certains individus et qu'on les prive de leur liberté de mouvements, mais, en tant que Chef de l'Etat, il se doit au moins de dire aux Français qui en arrivent à ce genre d'extrémités qu'il comprend leur désespoir. Etre compris, c'est déjà énorme et cela, à défaut de laisser à flot le compte en banque, permet de se dire qu'on n'est pas tout à fait seul.
Enfin, sur cette question des séquestrations de patrons, on en est toujours à se demander : Et le facteur Besancenot, adepte de la lutte du prolétariat, qu'en dit-il ?

Il ne dit rien, ne fait ren de concret car le statut quo garantit la paix sociale. Sauf que pendant ce temps, la crispation grimpe et que cette révolution qui, quoiqu'il arrive, devra se faire dans notre pays sclérosé, n'en sera que plus violente.
Mais ça...
Par Séb
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