A l'occasion de ce long week-end, j'ai visité le camp de concentration et
d'extermination nazi du Struthof, le seul sur le territoire français.
Avec Koala, nous avons dû digéré cette descente dans un monde indicible, qui a existé, et qui ne cesera de hanter encore longtemps les consciences collectives.
Je vais ici vous faire part de mes sensations, mais pour plus d'objectivité historique, je vous invite à visiter le site internet consacré à ce camp sur : http://www.struthof.fr/
Il faut déjà gravir une colline pour arriver à 800m d'altitude et, à peine garés,
vous faites face à cette porte sertie de fils barbelés, sorte de gigantesque bouche donnant sur des enfers modernes. Vous la franchissez et sur votre gauche les cercles de l'Enfer de Dante
s'ouvrent à vous, avec ces différents niveaux planes en dénivelé, correspondant à autant de baraquements aujourd'hui disparus et dont il ne reste qu'une étendue de terre. Sur les 17 baraquements
d'origine, seuls 4 (de mémoire) subsistent. Nous avons eu la chance de bénéficier d'une visite guidée, dirigée par un monsieur fin connaisseur du sujet et dont le ton n'était ni trop haineux
envers "la race des seigneurs" anciennement propriétaire des lieux, ni trop baigné de pathos envers les victimes.
Il nous a appris ce qu'était le Struthof avant guerre : un lieu de villégiature hivernal où l'on pratiquait les sports d'hiver. Les touristes séjournaient à l'hôtel où, par la suite, étaient
conduits les déportés avant de rejoindre le camp.
Lorsqu'il a évoqué les évasions, il a raconté cette histoire incroyable : 4 (ou 5, je ne sais plus) détenus se sont évadés en volant des costumes d'officiers allemands et... la voiture du
commandant du camp ! Ils ont rejoint les mouvements de libération de la France et un seul d'entre eux a été repris pour être ramené au camp et y être fusillé pour l'exemple.
J'ai également été marqué par le fait qu'à Auschwitz un quignon de pain pouvait s'échanger contre... une bague en or.
La peinture que ce guide faisait du camp a ensuite été marquée du sceau du contraste, lorsqu'il a rappelé le cadre de vie qui était celui des SS et celui que devait affronter les déportés : d'un
côté, la musique, la nourriture à satiété, les habits frais et repassés, l'hygiène ; de l'autre, des populations d'affamés que l'on battait ou tuait si quiconque allait voler la nourriture
que l'on destinait aux cochons, les coups, les brimades, les menaces, le travail harassant, et la faim, la faim, la faim...
Ces deux mondes cohabitaient à quelques dizaines de mètres l'un de l'autre.
On est ensuite descendu, au gré des anecdotes, jusqu'à "la prison dans la prison", cet endroit où les détenus pouvaient être envoyés pour un oui ou un non pour des périodes allant de 3 à 45
jours, ou dans l'attente de leur exécution en cas, par exemple, de tentative d'évasion. Dans ces cellules, ils devaient rester accroupis à 10, voire 15, dans des espaces de 8 m², et on leur
balançait un quignon de pain si le coeur nous en disait étant donné qu'ils n'avaient pas travaillé de la journée et qu'ils ne devaient pas être fatigués !
En sortant, nous ressentions un goût nauséabond au fond du coeur, mais ce n'était rien en comparaison de ce qui nous attendait : le four crématoire et les salles d'expériences sur cobayes
humains.
Le guide nous a alors prévenus que les plus fragiles pouvaient patienter à l'extérieur s'ils ne se sentaient pas la force de visiter cet endroit-là.
Et il avait bien raison de prévenir.
Tout de suite face à la porte d'entrée, la gueule béante du four crématoire avec, sur sa langue cramoisie par la chair humaine, des fleurs artificielles déposées là comme pour adoucir la vision.
Evidemment frappant.
Les explications furent toutes plus atroces les unes que les autres, avec notamment cette centaine de résistants exécutés en une seule nuit dans une salle adjacente - salle avec un sol
légèrement incurvé pour permettre une meilleure évacuation du sang des victimes et un nettoyage plus efficace ; détail sordide s'il en est.
A deux pas de cette salle, on a vu la table de dissection resérvée aux expériences sur cobayes humains - notamment des Juifs - réalisées par des médecins SS qui violaient en toute connaissance le
serment d'Hyppocrate mais semblaient s'en accomoder.
En quittant ces lieux d'horreur, il nous restait à faire le chemin inverse sous un soleil de plomb, c'est à dire repasser devant ces fantômes de baraquement en gravissant une côte raide comme un
i sur des cailloux qui meutrissaient nos voûtes plantaires. On s'est alors souvenu des 15 heures de course à pied qu'avaient dû effectuer certains détenus lors de leur arrivée, sur ces mêmes
chemins torturés et torturants, ou alors que le camp avait été tout exprès orienté plein nord lors de sa construction pour être certain que des conditions climatiques extrêmes y séviraient
été comme hiver (très chaud en été, très froid l'hiver).
La visite s'acheva avec la découverte du musée ou tout était parfaitement expliqué, documents à l'appui, notamment la fiche de chaque déporté avec sa destinée.
Malheureusement, le temps pressait et je n'ai pas pu étudier ce musée avec l'acuité que j'aurais voulu, mais le peu que j'en ai vu m'a suffisamment touché pour aujourd'hui écrire ce billet et
vous inviter à découvrir ce camp nazi, le seul sur le territoire français qui, il y a 60 ans, a tué entre 18 et 22 000 personnes.