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Jaimecrire, l'univers de Sébastien Bonmarchand !

Oedipe et Electre

26 Juillet 2017, 10:04am

Publié par Séb

Electre, Jean Giraudoux

Assis sur un nuage, Oedipe et Electre regardent les humains.

OEDIPE : Dis, copine, tu trouves pas tout ce tralala un peu indécent quand même ?

ELECTRE : Tu veux dire tout ce ramdam autour de ces foutus complexes ?

OEDIPE : Oui. C'est dingue, je trouve. Tout ça parce que j'ai déglingué une vioque de reine, dans l'espoir d'une promotion sociale, finalement, et que j'ai dézingué un gars à un carrefour... C'est un peu fort de café, moi je dis.

ELECTRE : Oui, copain de galère, sauf que c'était ton père et ta mère, ces deux personnes...

OEDIPE : Mon père et ma mère, faut le dire vite, hein... Si je l'avais su, hein... C'est ce que je me dis depuis si longtemps... J'aurais sans doute taper la causette avec le vieux et espérer hériter de la vieille sans devoir passer à la casserole, mais bon... S'ils ne m'avaient pas cherché tous les deux aussi... C'est que je suis un sanguin, moi...

ELECTRE : Je sais, je sais...

OEDIPE : Pourquoi prends-tu cet air blasé ?

ELECTRE : Parce que tu me sors la même sérénade depuis si longtemps... que tout me parait vain. Et Papa n'est même pas là pour me consoler...

OEDIPE : Ton père, ton père, toujours ton père !... Tu me gonfles aussi avec lui, je te le dis. Quel père irait sacrifier sa fille pour avoir des vents favorables, hein, sincèrement ? Moi, je dis que Tonton Egisthe a bien fait de le fumer, le Roi des Rois.


ELECTRE : Je t'interdis de parler de Père sur ce ton ! Sinon...

 

OEDIPE : Sinon quoi ? Tu vas appeler frérot Oreste pour qu'il me défonce les gencives ? Depuis le temps que tu l'appelles à la rescousse il ne prend même plus la peine de quitter son palais. Il va encore t'envoyer promener.

 

Electre va bouder derrière un nuage. Oedipe se cure le nez et crache dans le ciel en riant. Il regarde vers le bas avec mépris et amusement.

 

OEDIPE : Tu vas faire la tronche longtemps ? Je te rappelle qu'on doit aller donner à grailler à notre prisonnier. C'est l'heure.

 

ELECTRE (cachée) : Je sais, je sais... Attends, j'en ai pour deux minutes.

 

OEDIPE : Tu fais quoi ? Encore à jouer à lancer des cailloux sur Delphes ?

 

ELECTRE : Non, non...

 

OEDIPE : A charmer les pilotes de ligne ?

 

ELECTRE : Non, non, trop de morts et de boulot au Bureau, je me suis faite engueuler.

 

OEDIPE : Ne me dis pas que tu es encore en train de...

 

Electre ne répond pas, on voit simplement une fumée blanche monter du nuage derrière lequel elle se cache. Oedipe l'y rejoint, énervé.

 

OEDIPE : Là, y en a marre ! Tu ne peux pas lui fiche la paix à ta pauvre mère, non ? Elle n'a pas assez dérouillé depuis le temps ?!

 

ELECTRE : Jamais ! Ce ne sera jamais assez pour expier ce qu'elle a osé faire !... Ce n'est pas moi qui ai porté le coup fatal en bas, Oreste ne m'a pas laissé cet honneur... Il faut bien que je me rattrape, moi ! Et j'ai l'Eternité pour ça.

 

On attend des bruits sourds et peu espacés, puis des gémissements. Clytemnestre souffre. Puis son squelette apparait, les bras en croix et fixé par des lanières d'or à une roue qu'Electre pousse en soufflant. Elle lui laisse la tête en bas. Oedipe les suit, blasé.

 

CLYTEMNESTRE : Ma fille, ma fille... Pourquoi tant de...

 

ELECTRE : De haine, mère ? Ne crois-tu pas que tu le mérites ? Ah ! Que je savoure de voir tes os ne jamais pourrir et te faire souffrir quand je les brûle...

 

OEDIPE : Et c'est reparti... Elles vont encore argumenter pendant des plombes sur LE psychodrame. Autant moi j'ai l'excuse toute faite de dire que je ne savais pas, autant là... on est dans le monde merveilleux des familles qu'on décompose... et qu'on laisse pourrir... Enfin...

 

Electre et sa mère disparaissent derrière un nuage, Electre poussant la roue en injuriant Clytemnestre. Oedipe s'assied sur une pierre, allume une cigarette, tire une longue bouffée et regarde vers le bas, machinalement.

 

OEDIPE : Et tu penseras à revenir pour nourrir notre hôte de marque !

 

ELECTRE (dans le lointain) : Ouiiiiiii !!!!!!......

 

Oedipe se lève et retourne derrière un nuage. Il revient avec un téléphone portable collé à l'oreille. Il jette son mégot devant lui.

 

OEDIPE : Allô ? Oui c'est moi. Non, non... elle continue à délirer. Faudrait vraiment les séparer, ces deux-là... Oui, je sais... Tu es certain qu'il n'y a pas moyen que le Chef signe, je ne sais pas... un décret, mettons, pour l'envoyer quelque par dans le Cosmos, vers une autre civilisation, tout ça, où elle pourra lui fiche la paix à Clytemnestre ? Allez... tu es bien vu, il t'a à la bonne... OK ? Allez, fais de ton mieux, je file, elle revient. Oui, tcho, et coucou à ta femme.

 

Oedipe cherche à cacher le téléphone, mais comme il n'a pas de poche, il le lance vers la Terre.

 

Oedipe : Tant pis, ça fera une nouvelle météorite.

 

Apparait Electre.

 

ELECTRE : Tu leur lançais quoi aux humains ? Une nouvelle malédiction ? Une nouvelle épidémie ?


OEDIPE : Non, juste un petit météore de rien du tout qui trainait au fond de ma poche. J'ai encore un peu de marge sur mon quota de victimes cette année.

 

ELECTRE : Oui, tu as de la chance... Moi, j'ai déjà mangé tout mon crédit... En même temps, je ne pouvais pas savoir que la défaite de Poséidon au strip-poker lui ferait péter un câble comme ça et que le Chef - ils sont trop potes, ces deux-là, c'est injuste - me mettrait tout sur le dos... Un tsunami... pfff... Je ne savais même pas ce que c'était, moi...

 

OEDIPE : Tu devais bien te douter que foutre à poils le dieu des mers aurait des conséquences, non ?... Enfin... Au fond de quelle forge d'Hephaistos as-tu jeté ta pauvre mère cette fois-ci ?

 

ELECTRE : Non, elle a assez brûlé pour aujourd'hui. J'ai dit à Artemis qu'elle l'avait insultée toute la nuit et je l'ai aidée à la clouer à un arbre. J'ai même rechargé le carquois de la chasseresse.

 

OEDIPE : Décidément... Rien ne viendra apaiser ta colère immortelle...

 

ELECTRE : Non, rien. Bon... Notre prisonnier nous attend. Esclave ! Conduis-nous notre invité !

 

Apparait alors Cerbère, en sueur.

 

CERBERE : Il arrive, maitresse...

 

ELECTRE : Eh bien quoi ? Que fais-tu à rester là, vénal alcoolique ? Va le chercher !

 

CERBERE : C'est à dire...

 

OEDIPE : Eh bien, parle, scélérat ! Que se passe-t-il ?

 

CERBERE : Il m'a parlé de ma mère...

 

ELECTRE et OEDIPE : Encore un...

 

ELECTRE : Ok, vilain, retourne dans tes Enfers... Je dirai au Chef, qui t'avait offert cette promotion, que tu ne mérites pas ta réputation, que tu n'es qu'un pleutre et un incapable ! File, te dis-je !

 

Cerbère quitte la scène, baissant ses trois têtes.

 

OEDIPE : Il faut tout faire soi-même dans ce pays...

 

Il quitte Electre et s'absente quelques instants pendant lesquels Electre court chercher une canne à pêche. Elle lance la ligne vers la Terre et en récupère le téléphone portable qu'Oedipe avait jeté. Elle l'examine et rappelle le dernier correspondant.

 

Voix off : Tu abuses, Didipe, de me harceler toutes les deux minutes ! Laisse-moi le temps de convaincre le Chef  ! Il faut bien trouver un motif légitime pour la virer. Même Poséidon s'est marré de sa défaite... Allez, tcho man, j'ai du boulot aujourd'hui, on a reçu un criminel nazi et j'ai tout son dossier à me taper avant ce soir...

 

Electre renvoie le portable vers la Terre. La colère gronde.

 

ELECTRE : Ainsi, il veut se débarrasser de moi, ce malotru, ce prince de pacotille même pas foutu de tuer comme un grand... C'est ce que nous verrons.

 

Oedipe réapparait en compagnie de Freud vêtu de lambeaux et dont les yeux sont masqués. Il le pousse sans ménagement.

 

OEDIPE : Avance, sale intello !

 

FREUD : Doucement, garçon, doucement... A la longue, vos cérémonies m'ennuient plus qu'elles ne me font souffrir.

 

ELECTRE : Tais-toi, vieux schnock ! Tu n'as pas encore fini d'expier pour l'exploitation que tu as faite de nos histoires. Alors, Didipe, que lui offrons-nous aujourd'hui comme repas ?

 

OEDIPE : Mais... Pourquoi m'appelles-tu... ainsi ?

 

ELECTRE : Une envie, juste une envie...

 

FREUD : Sans doute une façon pour elle d'exprimer ses désirs refoulés, mon brave Oedipe.

 

ELECTRE ET OEDIPE : Ta gueule le vieux !

 

FREUD : Moi, si je peux aider...

 

ELECTRE : Et te mêler de ce qui ne te regarde pas, on le sait, tu le fais !

 

OEDIPE : Parlons peu, parlons bien. Qu'allons-nous offrir de beau aujourd'hui à notre invité ?

 

FREUD : Notre prisonnier !

 

ELECTRE : Si tu veux, vieux matou. (tire une feuille de papier du nuage voisin). Alors... Les anguilles dans les narines, ça, c'est fait...

 

OEDIPE : Les rats dans le rectum aussi...

 

FREUD : Quelle ironie !...

 

ELECTRE : Le Chef ne nous a accordé que trois repas, il ne faut donc pas gaspiller nos munitions en mets savoureux, n'est-ce pas Didipe ?

 

OEDIPE : Oui... Comme tu dis... Que dirais-tu d'un repas à la Peter Pan ?

 

ELECTRE : C'est à dire, jeune voyou ?

 

OEDIPE : Pardon ?

 

FREUD : Une envie, encore, sans nul doute...

 

OEDIPE : Bref... Je pensais à l'affamer, tout simplement, en lui présentant une assiette... vide.

 

ELECTRE : Et il est où le supplice ?

 

FREUD : Elle est toujours aussi stupide, la petite ?

 

ELECTRE : Tu dois bien le savoir avec tout ce que tu as pondu sur mon dos !

 

FREUD : Encore une fois, je  m'intéressais au concept, pas à la personne...

 

ELECTRE : C'est ce qu'on dit...


FREUD : Vous pouvez m'affamer autant que vous voudrez, je ne suis plus intéressé par les choses matérielles.  Je vous rappellerai simplement mon état civil actuel : dé-cé-dé.

ELECTRE : Il n'a pas tort, quand même, sur ce coup-là...

OEDIPE : Et alors ? Ne peut-on pas le réincarner en mendiant quelque part sur Terre et le priver de toutes les choses qui le tiendraient en bonne santé ?

ELECTRE : Ah... ça, c'est du ressort du Chef... Ce n'est pas à nous...

OEDIPE : Et alors ? Un de plus ou un de moins, quelle différence ? Je suis sûr qu'ils n'y verront rien, au Bureau. En plus, j'ai un excellent ami au service DRD.

FREUD : DRD ?


OEDIPE : Direction des Ressources Divines, petit malin. 

ELECTRE : C'est risqué, quand même...

OEDIPE : Prenons le risque ! Un peu de légèreté dans ce monde de brutes.


Fin ACTE I

Commenter cet article

Iris noir 15/12/2008 17:06

Ah ben oui, j'avais mal lu lol ;-)

Iris noir 13/12/2008 11:14

Intéressant comme tu présentes la relation entre Oedipe, Electre et Freud. Je n'ai pas lu l'acte 1, à voir...

Séb 14/12/2008 20:24


C'est l'acte I que tu viens de lire Belette...


lamenocturne 12/12/2008 10:56

perso moi  j'ai bien aimer, c'ets sympathique :)

Gus 11/12/2008 00:52

Verbeux. Creux. Mal amené.Et encore, je modère mes propos.

Séb 11/12/2008 11:13


Oui, je sais.. En même temps, ce n'est qu'un premier jet...