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Jaimecrire, l'univers de Sébastien Bonmarchand !

Première partie

27 Août 2008, 17:37pm

Publié par Séb

Et encore une de perdue, que des salopes. Tels étaient les mots qui se promenaient dans ma tête ce soir-là. Baskets à la main, que nourrissaient mes chaussettes,  je laissais le sable se faufiler entre mes orteils, comme les notes de la fête dans mes oreilles, et je ruminais un vieux chewing-gum.
Puis mon gros orteil droit heurta une masse solide. Une pierre sans doute, car une canette aurait poursuivi sa lente décomposition un peu plus loin. La lumière de la lune dirigea mes doigts et je me saisis d’une… lampe. Oui, comme celle des Milles et une Nuits et toutes ces conneries.
Par désoeuvrement, plus que par curiosité, je la frottai. Non, je ne pensais pas qu’allait apparaître un petit génie avec un bonnet bleu et des souliers trop grands pour lui. Aucun alcool ne flottait en moi et, de toutes façons, je n’y croyais pas. Un génie, franchement. Je la frottai peut-être juste pour mieux l’observer, dans l’espoir de la revendre à quelque crédulité de passage, ou non, même pas, je suis incapable de dire pourquoi je fis cela. Bref, on s’en fout dans le fond. C’est fait, c’est fait.
Puis il apparut, ce con. S’échappa d’abord une fumée blanche, assez épaisse, puis une forme rectiligne s’y mêla. A mesure qu’elle s’échappait de cette prison, elle prenait apparence humaine de la tête aux pieds. Me fit bientôt face, solidement campé dans deux souliers effectivement trop grands, un gaillard à bonnet bleu et sourire désarmant. Il mesurait environ un mètre trente, tout chez lui était parfaitement proportionné et sa beauté angélique me fit tressaillir.
- Salut, que je fis, l’air sans doute très con.
Il me sourit magnifiquement, tourna la tête vers l’océan indien, et remarqua d’une voix très douce que, tiens, les bateaux avaient changé d’apparence en dix siècles. Puis il se présenta à son tour. Alphidor, dit-il en me serrant délicieusement la main. Elle me fit penser à de la soie.
- J’imagine que j’ai droit à trois vœux, dis-je, histoire de dire quelque chose.
- Non, un seul, rectifia-t-il. Cette histoire de vœux multiples n’est qu’une fable. Moi, j’ai toujours dit que c’était un seul. Point barre. Donc réfléchis bien avant que je retourne sans doute pour très longtemps dans mon monde.
- Ah, fis-je, vous ne profitez pas de votre liberté ?
- Tu plaisantes ? Tu crois que je vais perdre mon temps ici ? Non, crois-moi, là où je vis, c’est infiniment plus sympa. Ça aussi c’est une fable. Moi, je suis tombé sur le gars qui tenait ce commerce, un jour, et mon vœu a été simple : prendre sa place pour l’Eternité. Il n’avait pas le choix, le pauvre. Alors il a pris ma place et moi la sienne. Et quand on m’appelle, hop, je quitte mon monde, et je fais le bonheur de celui ou de celle qui m’a appelé. Donc, encore une fois, réfléchis bien. Quel est ton vœu ?
Je n’avais, cela va sans dire, jamais imaginé pareille rencontre. J’étais, comme qui dirait, prise au dépourvu.
- Aucune idée ?
- C’est-à-dire…
- Je ne sais pas, ce que tu veux, j’ai tout en stock. Suffit de demander.
- Tout ? Absolument tout ? Ou que ce qui est humainement possible ?
- Tout, c’est tout, non ? Si tu veux que tous tes semblables se réveillent demain avec des oreilles d’éléphant, et ce  jusqu’à la fin des temps, pas de problème pour moi. Ça m’est égal. Un seul vœu est impossible, tu t’en doutes, c’est celui que moi-même j’ai fait. Faut pas déconner non plus. En plus, le vœu n’est réalisable qu’une seule fois. Ça aussi, la fable ne le dit pas. Il n’y a que la fortune et la vie éternelle, parce que ça revient assez souvent, qui échappent à cette règle.
Je portai un regard circulaire. Personne. Une idée me vint. Après tout, je suis curieuse de nature et rien ne me retient ici.
- Je veux aller vivre dans cent quarante mille ans. Ici même. Voir comment c’est.
A ces mots, il rit si fort que je redoutai que quelqu’un ne nous remarquât. Il me demanda si je savais nager. Et longtemps, style pendant plusieurs jours. Non, évidemment. Ah, dans ce cas, tu ne pourras pas atterrir ici même parce qu’à cette époque toute cette île est engloutie et il n’y a pas de terre avant plusieurs milliers de kilomètres.
- Mais…
- Oui, dit-il, lisant sans doute dans mes pensées, l’humanité existera encore. Différemment, mais elle existera. Sachant que tu ne pourras plus jamais revenir ici. Ça te tente toujours ?
- Ce n’est pas grave.
Il fit une moue surprenante, qui ressemblait fort à de l’admiration.
- Je peux te déposer au milieu de tes semblables, avec les mêmes aptitudes qu’eux, avec leur langage, et, en bonus, tu conserves toute la mémoire de ta vie actuelle. Si je comprends bien, c’est tout le but de ce vœu, non ? Très bien. Toujours partante ?
J’acquiesçai et il fit claquer ses doigts. Cette plage serait donc la dernière image que je conserverais de mon monde. Adieu 2008, 142 008 me voilà !

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Gus 28/08/2008 20:04

Oui, et?

Casse-bonbec 27/08/2008 21:10

Bon ben... t'as intérêt à te dépêcher d'écrire la suite, et en gardant ce ton humoristique... j'ai hâte de découvrir ce qui se passe dans 140  000 ans, moi !