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Jaimecrire, l'univers de Sébastien Bonmarchand !

Extrait de la pièce "Gaëlle et Yoshué"

25 Juin 2017, 10:55am

Publié par Sébastien Bonmarchand

Antigone, Anouilh, le Prologue.

Je livre ici un extrait de la pièce "Gaëlle et Yoshué", écrite il y a quelques années et retravaillée récemment en vue de la proposer aux lecteurs du Proscenium.

Merci pour vos commentaires !

 

Acte II, scène 4

Yoshué, la mère, endormie

Paul s’éloigne, traînant son bâton. Yoshué ouvre les bras au public. S’assiéra face à lui, les pieds dans le vide, les balançant parfois comme un enfant. Le grondement a cessé. On n’entend plus rien.


 

Yoshué : Regardez la dormir. Pauvre mère. Celle qui n’a pas même de prénom. Comme une ombre, une impression qui fuit dans la nuit. Elle passe et repasse, mais n’a rien d’Onirie. Vous l’avez vue tout à l’heure ? Elle semblait en lévitation. Avec elle, on passe du Boeing qui flambe au tapis qui tremble, du building qui brûle à la lampe qui brille. Elle ouvre des horizons que la météo ne connaîtra jamais. Vous savez, tout est question de belvédère et de terrier : c’est comme regarder un coucher de Terre depuis la Lune, ou regarder le paysage depuis sa chambre. Ce sont deux vues qui n’ont rien à voir, n’est-ce pas ? De sa fenêtre, ou de son terrier, on se dit qu’on ne voit que l’usine et sa fumée voisine, qu’on entend que les manifestations syndicales et qu’il n’y a rien d’autre. Depuis le belvédère de la Lune, on se voit tout petits, comme des grains de sable dispersés sur une balle de couleur bleue et on n’entend que le bruit des vagues qui caressent les continents minuscules et les astres géants. Et vous savez qui joue la partition ? Onirie bien sûr. Il n’y a qu’elle. Gaëlle n’est qu’une note, tout comme moi, après tout. Vous savez, elle vous a fait une faveur de venir ce soir. Demandez aux spectateurs d’hier, ils n’ont rien vu, les pauvres. A la place, comme elle ne venait pas, on a dû distribuer des bonbons et demander pardon pour cet entracte improvisé. Si vous les croisez dans la rue, surtout, ne leur dites rien, ils ne vous croiraient pas. Onirie ? Ils vous diraient que vous mâchez vos mots et qu’eux n’ont pas eu envie de rire. Non, le mieux, c’est que cela reste entre nous. Bon, qu’est-ce que je fais ? Je la réveille ou je la laisse encore dormir ? De toute façon, elle va mourir. C’est tous les soirs comme ça, mais elle l’oublie toujours. Elle est toujours prisonnière du sable. Si elle se savait libre, si elle me croyait, il lui suffirait de me faire perdre du temps, au risque de nous faire mourir tous les deux ; mais le problème, c’est qu’elle ne le sait pas. Bref, vous verrez bien. Pour l’instant, je vais prendre une bière, car le sable, ça me coince toujours la gorge. Pas vous ? Dites, comme je vais au distributeur, je vous ramène quelque chose ? Monsieur ? Une aussi pour vous ? D’accord. Et comme je suis gentil, je prendrai aussi un jus d’orange pour votre femme. A ce qu’il paraît, le jus d’orange, c’est bon pour le teint. Mais je ne voudrais pas sous-entendre que le vôtre laisse à désirer, non, il est très agréable. Bougez pas, je reviens. (Il saute dans la salle, gravit les escaliers, sort dans le hall et revient QUELQUES MINUTES plus tard avec deux bières et un jus d’orange. Se dirige vers un couple et leur offre ce qu’il avait promis. Finit par remonter sur scène.) Toujours pas réveillée ? (Le grondement revient, avec plus de vent et des coups de tonnerre beaucoup plus rapprochés) Ah, c’est le réveil-matin du pigeon voyageur qui, en son envol éperdu, se noie dans l’amertume rougeoyante de l’aube.

 

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