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Jaimecrire, l'univers de Sébastien Bonmarchand !

La Petite Mélodie du Cosmos

26 Mai 2017, 10:40am

Publié par Sébastien Bonmarchand

La Mélodie du Bonheur, do le do, 1965

notes dans le Cosmos

notes dans le Cosmos

La Petite Mélodie du Cosmos

 

Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée, je reconnus la déesse.

Arthur RIMBAUD, « Aube », Illuminations

 

Un jour, une mélodie se promenant dans le Cosmos eut besoin de se rafraîchir comme, en été, une libellule se pose à la surface d’un étang bordé de nénuphars. D’où venait-elle ? Qui lui avait soufflé dessus, un matin d’ivresse ou une nuit de tristesse, pour la laisser s’envoler comme la feuille qui tombe de l’arbre ? Personne ne le savait. Elle était partie, simplement, comme ça, vêtue de ses notes, chaussée de son rythme, et nourrie de cet air frais, tiède ou chaud qui vous pousse, par les belles journées de printemps, d’automne, d’hiver ou d’été à ajouter un pas au précédent, sans connaître votre destination.

Elle aperçut un point bleu lumineux ressemblant à la tête d’une épingle tournant dans un ouvrage à tricoter : un si petit minuscule rien dans un si grand gigantesque tout. Sur cette boule bleu océan, elle vit qu’avait poussé une multitude d’invisibles poussières qui aimaient s’aimer, se battre, se promener, se perdre, se parler, se disputer.

Heureuse et légère, comme le sourire d’une fée, elle se posa en courbures auburn dans la chevelure tombante d’un wasserfall rhénan. Le soleil pudiquement baissa ses rayons et la jeune mélodie sentit ses notes harmonieuses gonfler de désir au contact de cette eau nouvelle. Elle salua ses homologues locales, nées du chant des mouettes rieuses, de la caresse du vent sur les feuilles complices, ou encore de ces clapotements à ses pieds.

En ce monde, l’on sait donc aussi créer des mélodies. Un instant, elle aspira à rester en ce lieu car même la nuit, dans son habit de deuil étoilé, ne parvenait à le faire taire. Toujours, une note relançait un récital nouveau et la mélodie, venue de si loin, ferma les yeux pour s’en nourrir.

Mais, très vite, elle les rouvrit, comme aspirée par un vertige sans fond. Au sein du wasserfall, un corps étranger. Un être aux longs cheveux blond soleil, aux larges yeux bleu toscan, au corps tout en verticalité, tout en chute.

La mélodie céleste, comme un épouvantail par le vent, fut traversée par ce corps de femme qui tombait. Chaque accentuation, chaque projet virtuose échappé de la tête de son créateur inconnu, fut fait prisonnier par cette rencontre impromptue.

Ces notes qui étaient nées aux confins des possibles et avaient traversé le Cosmos se retrouvèrent au cœur d’un cœur torturé.

Surprises, elles se cognèrent aux parois comme un poisson des océans à celles d’un bocal. Leur écho infini engendra un réveil en sursaut de son hôte du moment qui venait de tomber dans l’eau froide aux pieds de la cascade.

La jeune fille ouvrit des yeux terrorisés au milieu de bulles d’air, d’ombres et de cailloux. Elle perçut alors en elle comme un souffle nouveau, inconnu et doux, qui lui commandait d’embrasser l’air libre, lui intimait d’ajouter des paillettes aux étoiles et la suppliait d’écouter encore les caresses des oiseaux migrateurs. La jeune fille leva la tête vers la lune qui tremblait à travers les eaux. Elle fut son aimant pour gonfler ses poumons d’un mélange salvateur d’air et d’amour et son cœur d’un chant nouveau.

La mélodie résonna en elle comme des cloches après un mariage.

La jeune fille se hissa sur le rivage. Elle regarda dans le vide et, aussitôt, regretta de retrouver ce paysage-là. Elle pleura, pleura, pleura…

La mélodie, elle, toujours prisonnière, ne parvint plus à se faire entendre ; les flots de larmes de la jeune fille assourdissaient tout espoir.

Alors la mélodie s’assit, le regard bientôt dans le vide, s’amusant parfois à lancer une note au hasard pour l’entendre rebondir sur ces parois de pierres humides et retomber dans la boue, sans un bruit.

Le cœur abimé de la jeune fille, geôle froide et nauséabonde, avait créé un rythme saccadé et agressif, des notes austères comme des sanglots, des accords informes ou moqueurs – tout le contraire de cette petite mélodie captive. Bientôt, lasse, cette parcelle de Comos choisit de se séparer de ses plus belles alliances de notes pour les enfoncer dans ses oreilles, dérisoires barrières face à un gouffre toujours plus noir et triste.

Elle se souvint de ces années passées à voyager dans le Cosmos et regretta d’avoir cru en cette planète, en ce wasserfall si ressourçant. Ici, elle resterait piégée, seule et oubliée. L’étroitesse après l’infini, le minutage après l’éternité, le chaos après l’harmonie.

Puis, un jour, au milieu du tumulte des cris et des pleurs quotidiens, la petite mélodie à la fraîcheur intacte, perçut une lumière. Infime, presque invisible. Juste un fil ténu et tranchant dans le néant. Puis tout disparut.

Mais l’espoir semblait être revenu. Alors la petite mélodie commença à fredonner en se disant que quelques notes parviendraient peut-être à s’échapper à travers cette dalle de souffrance pour rejoindre l’horizon, le wasserfall espérons, et qui sait, le Cosmos.

Bientôt, timidement, du fond de son cachot, elle crut percevoir comme une réponse : des similis rires, de ceux que l’on adresse en rougissant à une âme qui réchauffe la nôtre. Ces rires devinrent plus réguliers, plus quotidiens, attendus presque.

Quelques semaines plus tard, sa cellule sembla retrouver des couleurs, comme si un artiste était venu, durant la nuit, colorer son séjour forcé des douceurs de l’arc-en-ciel. La suie à l’intérieur du cœur de la geôlière se transforma en bonbons à sucer, il faisait bon y vivre, mais aucune porte ne daignait s’ouvrir pour libérer la mélodie captive.

Alors elle repensa à ses plus précieuses notes qu’elles avaient enfoncées au fond de ses oreilles et les assembla à nouveau pour révéler à son hôte et au monde – ce monde qui lui était inconnu mais dont elle avait perçu les douceurs candides au sein de ce wasserfall – toutes ses beautés.

Ce fut comme la corbeille de fruits que l’on dépose aux pieds du blessé de guerre. Aussitôt, les portes et les fenêtres s’ouvrirent, la prison devint palais aux mille miroirs, aux cent mille senteurs, aux millions de saveurs et aux milliards de mélodies. Chacune semblait une particule infime de cette mélodie-mère qui se développait, qui croissait chaque seconde un peu plus, jusqu’à emplir toutes les cellules de l’organisme, passées, présentes et futures.

La geôlière venait de dire « Oui ».

La petite mélodie laissa son empreinte sublime dans son ancienne geôle et, par les rouages de l’orgue, machine à tricoter les cœurs ensemble, rejoignit le Cosmos.

 La mélodie résonna alors comme les cloches après le mariage de la jeune femme.

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