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Jaimecrire, l'univers de Sébastien Bonmarchand !

Réunion au sommet

1 Mars 2016, 10:00am

Publié par Sébastien Bonmarchand

Réunion au sommet

International conference call

 

Mes deux supérieurs avaient décidé d'une réunion. Nul doute : j'en serais l'ordre du jour. J'avais bien tenté de repousser, voire d'annuler, l'échéance en les amadouant, chacun de leur côté, mais mes entreprises n'avaient fait que retarder ce moment et je comprenais bien, alors que leur poignée de mains n'était plus qu'une affaire de secondes, que ces retards ne pourraient que m'être reprochés.

 

Je redoutais cette réunion. Je me l'étais mille fois représentée en pensée depuis ce triste matin où l'arrêt était tombé. Une international conference call, voilà ce qui m'attendait, moi le tout petit insecte que personne ne songeait même à écraser. Les plus hauts décideurs de la planète allaient se réunir pendant des heures pour, je n'en doutai pas une seconde, sceller mon sort, alors que mes deux supérieurs directs, pâles exécutants fronçant les sourcils, abatteraient sur un bureau de marbre leur lourd et invincible marteau.

 

On ne ferait pas même appel à un avocat, je serais seul, abandonné de tous, comme sacrifié sur l'autel du travail, par ces deux supérieurs, qui avec leurs airs non moins supérieurs, retourneraient ensuite à leurs affaires. Alors que moi... Cette réunion devait tout changer, je le savais. Certains collègues, et non des moindres, avaient déjà dû affronter ce terrible combat à armes inégales, où seuls un dodelinement de circonstances et un air mi repentant mi abruti, pouvaient, d'après la rumeur, éventuellement être salvateurs.

 

En vérité, au fond de moi, je savais que mêmes ces artifices ne serviraient à rien face aux attaques au napalm qui m'étaient destinées. Je ne serais plus qu'un fantôme sans os, une ritournelle oubliée dans des esprits soumis, un rien qui n'avait même jamais existé. Un jour, peut-être, en exhumant une vieille photographie, un bienveillant ignorant raviverait-il mon souvenir quelques secondes, en posant son doigt filiforme sur mes traits à moitié effacés avant de retourner à son labeur une tasse à la main. Oui, c'était bien là, je m'en étais convaincu, la seule issue probable à cette rencontre : une lente dislocation de ma chair.

 

Lorsque les mains de mes supérieurs se serrèrent, je crus déceler dans leurs regards la satisfaction. Celle de pouvoir enfin clôturer un dossier qui n'avait que trop tarder – car quoi, à la fin, ne sommes-nous donc bons qu'à patienter ?

 

Ils partirent d'un pas décidé vers une salle de réunion obscure dont j'ignorais l'existence. Je les suivis en baissant les yeux, persuadé que les bombes qui ne manqueraient pas de s'abattre sur ma pauvre tête avaient déjà bloqué leur cible. Cependant, je ne remarquai aucun écran destiné à l'international conference call que je tenais pour évidente.

 

Ils s'assirent en même temps, face à face, et d'un mouvement de tête impatient, me firent signe de les imiter. Mon sang se figea dès les premières paroles d'un de mes deux supérieurs :

- Merci, Monsieur, d'avoir accepté de me rencontrer pour évoquer le comportement de votre enfant dans sa classe de 6ème.

 

1er mars 2016

 

 

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