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Jaimecrire, l'univers de Sébastien Bonmarchand !

La rose blanche

7 Novembre 2015, 00:45am

Publié par Sébastien Bonmarchand

La rose blanche

6-7 novembre 2015, aux habitants d'Etival Clairefontaine et à Sophie et Hans Scholl, pour des raisons opposées.

 

La rose blanche

 

Il était une fois, dans un village perdu, des idées nauséabondes qui fleurissaient comme du chiendent. Elles galopaient sur les trottoirs, hurlant et pissant comme des chiens, aux rares humanistes tiraient la langue et montraient des crocs auxquels ne manquait que le sang. Elles se riaient des poignées de mains tant elles vénéraient les coups de poings. La nuit, doucement, dans les cœurs et les têtes mangeait le jour.

 

Ce village avait été, jadis, un jardin où les flocons remplaçaient, le temps venu, les feuilles mortes qui, elles-mêmes, avaient remplacé les pétales et, avant eux, les pistils. Les cadrans s'étaient succédé avec leur même rythme de vieillards débonnaires, garants d'un ordre immuable où l'entraide et l'humaine condition façonnaient les rapports et faisaient festoyer les différends, assis côte à côte sur un banc.

 

Puis elles étaient venues. Insidieuses, ignorantes et fourbes, incapables de supporter leur puanteur. Nées d'esprits malades vivant reclus au fond de quelque grenier, elles réussirent à s'échapper par la vitre brisée, à couler comme la suie sur les façades jadis pimpantes, et à gangrener les bouches entrouvertes.

 

Depuis, les jardins couverts de boue et de cendre n'étaient plus le reflet du ciel. Celui-ci, dépité, baissait les yeux et fuyait dès son labeur quotidien achevé. Plus aucune étoile même ne s'arrêtait, le menton au balcon, pour admirer les rêves de l'humaine condition. Vêtue de haillons et poussant des cris d'animaux féroces dès l'approche d'un congénère inconnu, elle n'était plus digne d'intérêt pour les astres voyageurs. Peu à peu, ce village devint un caillou au bord d'un ravin. Le vent, la pluie et les pas de haine s'apprêtaient à le précipiter, corps et biens, au fond de l'oubli.

 

Un jour, au milieu des détritus rutilants, une main passa, nourries aux haines habituelles, méfiante comme de coutume, ignorante des amitiés passées. Propriété d'un bras jeune et blanc – bras adjoint à un corps svelte de jeune fille blonde – cette main stoppa net sa course séculaire vers le néant. Des yeux noyés d'une aigreur héréditaire se figèrent comme deux boules de billard refusant l'impact.

Là, au cœur de ces idées noiraudes avait poussé une rose blanche sans épines. Fine tige quasi transparente, évanescente comme une promesse, sur laquelle on avait juste posé une nacelle ouverte sur le monde.

La jeune fille fut absorbée par ce monde de paix, ce monde où l'Inconnu n'est pas un ennemi, ce monde où la lumière tapisse les chambres des enfants qui s'endorment, ce monde qu'elle n'avait jamais connu. Ce monde où aucune épine n'était nécessaire. Elle ferma les yeux, imagina son village à l'image de cette rose et, lorsqu'elle les rouvrit, le bleu de ses yeux était revenu.

 

Elle quitta sa rose et décida, forte de cette seule certitude que l'humain pouvait être bon, d'aller souffler hors de ce monde ces idées nauséabondes.

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JC 21/02/2016 09:56

Ce n'est pas une nouvelle, c'est un poème! C'est le chant de l'humanité qui va à contre-courant de la trop commune et malsaine pensée du monde contemporain.

Sébastien Bonmarchand 21/02/2016 11:05

Merci, Oui la pensée moderne possède trop de 21 avril en elle à mon goût.