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Jaimecrire, l'univers de Sébastien Bonmarchand !

La petite fille aux crayons

22 Octobre 2015, 22:00pm

Publié par Sébastien Bonmarchand

La petite fille aux crayons

Octobre 2015

La petite fille aux crayons

 

Il était une fois, dans un pays lointain, une petite fille qui adorait les crayons et le dessin. Partout, sur ses oreillers pour nourrir ses rêves, sur ses vitres pour voyager, sur ses murs, sols et plafonds pour changer de monde à chaque nouveau regard, sur des feuilles volantes pour offrir aux oiseaux migrateurs de passage, elle dessinait.

C'était la petite fille la plus heureuse au monde.

 

Hélas, une tempête sans précédent vint une nuit souffler sur sa maison comme on souffle sur une bougie. Ses dessins et, pire encore, ses crayons, furent éparpillés aux quatre vents. A genoux dans la poussière, pleurant, la petite fille leva les yeux vers les étoiles qui pâlirent de honte : en brillant dans la nuit, c'est comme si elles avaient guidé les vents cambrioleurs.

La petite fille, désormais seule, parcourut le monde, peint de gris et de noirs, dépossédée de ses crayons aux couleurs de l'arc-en-ciel. Elle les chercha au milieu des détritus et parmi les plus malheureux auxquels elle apporta affection et réconfort.

Tant de temps passa que la petite fille en oublia ses crayons et devint, comme le monde alentour, maussade. Elle ne souriait plus.

Un jour, en allant puiser une eau croupie au barrage que des castors avaient construit, elle s'assit sur une roche couverte de mousse et pleura.

Les larmes de son jeune corps firent déborder le barrage. Les castors, surpris, accoururent, équipements à l'épaule, colmatèrent aussitôt les brèches, ajoutèrent des rondins en sifflotant et l'un d'eux, au bout d'un moment, remarqua cette jeune fille qui pleurait sans discontinuer, assise au bord de l'eau. Le petit castor se dit qu'il gagnerait à arrêter ce débit. Il s'approcha d'elle, doucement, puis lui demanda d'une voix mélodieuse pourquoi elle pleurait.

Revint alors à la mémoire de la jeune fille sa vie d'avant, ses dessins, la tempête. Et la perte inestimable de ses crayons qui consolaient jusqu'aux plus lointaines contrées plongées dans le chagrin.

Elle raconta son histoire au jeune castor qui, aussitôt, appela ses amis castors. Ils tinrent un rapide conseil et, comme si de rien n'était, ils se mirent à abattre des arbres bien plus grands que ceux nécessaires à l'entretien du barrage. Avec leurs dents acérées, en jouant d'une musique céleste qui sécha les larmes de la jeune fille, ils taillèrent les pieds des arbres comme ils auraient taillé une flèche. Ils dansèrent ainsi une sarabande muette pendant des heures. Enfin, à la nuit tombée, le castor qui avait reçu les confidences de la jeune fille revint vers elle et lui dit :

- Voici tes nouveaux crayons, fais-en bon usage. Longue vie à toi et à tes rêves !

Puis il disparut sans ajouter un mot. La jeune fille se saisit de l'un de ces innombrables crayons gigantesques, hauts comme des immeubles de mille étages, et s'aperçut qu'ils étaient légers comme des brins des paille.

La jeune fille retrouva alors le sourire et le plaisir simple que procure le dessin. Les nuages noirs au-dessus de sa tête furent transformés en cieux aux milles teintes bleutées, les forêts hostiles en profonds domaines de jeux et de joies, les terres incultes en larges plats garnis des plus beaux mets. Enfin, au cœur du cœur des hommes qu'elle croisait, la jeune fille faisait des éclairs de haine de merveilleux diamants bruts.

 

Depuis ce jour, des crayons hauts comme des montagnes et légers comme des brindilles parcourent le monde pour faire de sa souffrance une fête et, si vous regardez à leurs pieds, là, toute petite, minuscule poussière dans la tempête éternelle, une jeune fille sourit et les fait danser.

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Clémence 27/10/2016 17:53

Magnifique tout simplement. Je ne peux m'empêcher d'imaginer un tel conte illustré, avec une mise en page aussi belle que les mots que vous choisissez justement. Je suis moi même directrice artistique, et graphiste en free lance... Nous devrions discuter ensemble :) Ci joint le lien vers mon book en ligne, vous y trouverez quelques illustrations. En tout cas, continuez, c'est rafraichissant de lire des jolies histoires comme celle là !

Sébastien Bonmarchand 27/10/2016 19:20

Merci beaucoup, vous pouvez m'écrire à s_bonmarchand@yahoo.fr et nous échangerons nos numéros de téléphone.
Je n'ai pas trouvé le lien que vous évoquez.

JC 21/02/2016 10:02

J'apprécie sincèrement cette magie du verbe qui transmue le réel, ou plutôt qui nous le révèle tel qu'il est réellement, car le coeur seul cerne le réel. Les pensées obscurcies le voilent. Et cette révélation du réel, voilà ce que ton écriture permet de faire.

Sébastien Bonmarchand 21/02/2016 11:04

Merci beaucoup ! Oui la magie de la vie est trop oubliée, j'essaie de la voir renaître, merci.