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Jaimecrire, l'univers de Sébastien Bonmarchand !

D'or dors, conte pour faire des rêves dorés.

26 Août 2015, 01:04am

Publié par Séb

D'or dors, conte pour faire des rêves dorés.

D'or dors


    Il était une fois, sur une terre lointaine et traversée par un fleuve, entre les royaumes de Zanzibar et de Logres, deux peuples voisins qui s'étaient livrés pendant des années une guerre sans merci. Les deux camps s'étaient battus pendant si longtemps qu'ils en avaient même oublié la raison.
    Un beau jour, sur le champ de bataille, les deux rois ennemis s'étaient fait face, l'épée levée et dans le  regard cette  même étincelle  vermeille. Les deux armées avaient retenu leur souffle, même les fumées avaient cessé de monter au ciel. Tout aurait pu basculer d'un côté comme de l'autre.
    A cette seconde précise, l'impensable s'était produit. Une petite plume blanche était descendue des astres en tourbillonnant lentement comme une feuille en automne qui retarde le moment de quitter son belvédère. Cette petite plume blanche, aucun soldat ne l'avait vue s'approcher mais elle s'était posée là, juste sur le bout du nez d'un des deux rois qui n'avait pu retenir un éternuement sonore. L'autre roi, désappointé, ne sachant comment réagir, fit ce que sa maman lui avait appris : il demanda un mouchoir à un aide de camp et le tendit machinalement à son adversaire désolé de déranger à ce point le combat.
    Sur ces entrefaites , on l'imagine facilement, il fut délicat de reprendre la guerre.
    On improvisa alors un repas et les deux peuples, ne se souvenant définitivement plus des motifs de cette guerre sans fin, durent reconnaître qu'ils avaient finalement plus de  points en commun qu'ils ne le pensaient. Les deux rois, notamment, se découvrirent une passion commune pour la pêche. On sortit les cannes et les jours suivants furent autant de festins offerts par le fleuve qui traversait indifféremment les deux royaumes.
    Lors d'un de ces banquets, le prince héritier d'un des deux royaumes fut assis à côté de la princesse de l'autre royaume. Alors que leurs pères signaient enfin la paix en dégustant leurs prises du jour, les deux jeunes gens croisèrent leurs regards comme jadis leur armée avait croisé le fer. Mais nul malheur ne jaillit, seulement l'amour qui, tel un oisillon, fit aussitôt son nid dans ces deux cœurs alanguis.
    Bien vite, on arrêta une date et les noces furent célébrées. Les deux rois, désireux de pêcher enfin tranquillement, décidèrent d'unifier leurs royaumes en un seul et de sacrer roi et reine les jeunes époux. Les richesses du fleuve seraient ainsi préservées des ravages de la guerre et le peuple uni pourrait désormais évoluer dans un monde de paix.
    Hélas, cette plume n'était pas tombée par hasard. Elle avait été envoyée par une fée pleine d'amour pour les hommes. Elle voulait la paix et devait pour cela depuis la nuit des temps affronter une sorcière qui, elle, cherchait l'exact inverse : la guerre.
    La fée avait également fait boire un filtre d'amour au prince et à la princesse afin qu'ils soient toujours aimants envers eux-mêmes et leur peuple.
    Pleine de joie, elle n'avait pas remarqué que la sorcière s'était transformée en gentille petite fille et qu'elle avançait d'un pas guilleret dans les longues files des invités  à la noce. Personne, du reste, ne prêtait attention à cette demoiselle. Lorsqu'elle arriva devant le nouveau roi, elle lui tendit un chapeau de paille et lui dit d'une voix douce :
- Tenez,  mon roi, ce chapeau est pour vous. C'est mon cadeau.
- Merci, petite,  répondit  gentiment le roi en essayant de se saisir du chapeau.
- Mais, dit-elle en tirant le cadeau vers elle, il s'agit d'un chapeau magique. Tout ce qu'il touche se transforme en or. Il est très vieux et a appartenu à un certain Midas. C'est pour cela que je vous offre également un gant noir pour que vous puissiez le toucher sans risquer de vous transformer en or.
Elle lui passa le gant à la main droite et il put se saisir du chapeau de paille.
- Mais... comment ferai-je pour le mettre sur ma tête ?
- Vous n'en aurez pas besoin, fit-elle dans un sourire, vous aurez votre couronne !
- C'est vrai, dit le roi, je dois m'habituer à être roi...
- Et lorsque vous aurez besoin d'or pour votre royaume, il vous suffira de prendre ce chapeau et de lui faire toucher l'objet de votre choix.
Puis elle disparut, laissant le jeune roi à sa surprise.
    La sorcière attendit patiemment son heure. Elle voulait réduire ce nouveau grand royaume à néant et la fée, cette fois, n'y pourrait rien !
        La sorcière savait qu'à un moment ou un autre tout le monde irait nager dans le fleuve pour fêter cette union qu'elle était la seule à maudire.
        Ce moment arriva enfin. Elle observa le roi qui, négligemment, avait laissé le chapeau de paille sur une chaise qui s'était transformée en or. Seul le chapeau demeurait inchangé. La sorcière, toujours dans la peau d'une gentille petite fille, se saisit du chapeau et le lança dans le fleuve en poussant un cri de haine.
        Tous les oiseaux, face à ce bruit venu de l'enfer, cessèrent aussitôt leurs mélodies. Lorsque, de nouveau, ils purent chanter, la nature silencieuse tout autour entendit des complaintes bien tristes : les oiseaux étaient certes aveuglés par l'or qui se répandait devant eux, sur toute la longueur du fleuve mais ils furent surtout bien malheureux de constater que tous les habitants du royaume, le roi, la  reine et leur père respectif, tous, je dis bien tous, avaient été transformés en statue d'or. Ils savaient que désormais la désolation régnerait en ce lieu.
         La fée fut incapable de rompre le sortilège. Elle inventa toutes les ruses possibles mais rien n'y fit. La végétation recouvrit bien vite l'ancien fleuve et ses habitants dorés qui restèrent dans la même posture de joie pendant des années, des siècles et même des millénaires. Des villes furent construites puis détruites au-dessus d'eux, une mer vint même pendant quelques siècles, puis une jungle avec ses bêtes féroces et ses arbres qui embrassaient les nuages, le soir, avant de s'endormir. Le tombeau devait être éternel et la fée, qui n'abandonna jamais son triste gardiennage, semblait résignée.
        Un soir, la petite fée, pour chasser les idées noires qui ne cessaient de l'accompagner, se transforma en charmante demoiselle et décida d'aller danser dans la grande ville la plus proche. Elle dansa, dansa, dansa... et finit par raconter à un jeune aventurier toute son histoire, sauf la manière avec laquelle la sorcière avait réussi, car cela, dit-elle, elle ne l'avait toujours pas compris... Elle était si malheureuse qu'elle était convaincue qu'il ne la croirait jamais. Elle eut cependant le reflex de transformer, sous les yeux émerveillés du jeune garçon, deux hommes qui se battaient en deux indéfectibles amis bien décidés à ne jamais se quitter. Elle réalisa ce prodige sans réfléchir et ce simple geste d'amour fut, pour l'aventurier, l'alpha de toute sa vie. Oui, se dit-il, c'est décidé, je trouverai ce formidable fleuve d'or et je rendrai à la vie tous ces malheureux. La petite fée, elle, lassée de ces millénaires infructueux, décida de vivre dans la grande ville où elle pouvait, presque à chaque seconde, réconcilier des personnes qui se querellaient, quand elles ne se haïssaient pas à mort.
      Le jeune aventurier marcha pendant des mois dans la direction indiquée, il affrontait des prédateurs sanguinaires et des hommes désireux de lui voler ses maigres richesses. Les nuits étaient pour lui le théâtre de luttes extraordinaires entre ses rêves d'or et sa crainte des dangers qui l'encerclaient comme une armée rugissante. Cependant, il ne recula pas, il fit face, étudiant le sol de chaque parcelle de cette jungle étouffante. Il se disait que si, jadis, un fleuve avait couru ici, il devrait en retrouver les lignes. Des mois, des années, des décennies passèrent. Ses tempes devinrent blanches mais sa foi ne faisait que s'accroître.
       Un matin, il déboucha sur une petite clairière à ciel ouvert, bien loin de la zone initialement envisagée. Vu du ciel, on aurait dit que la jungle avait une légère calvitie. L'aventurier n'eut pas besoin d'étudier les sols. Les lignes sinueuses d'un ancien immense cours d'eau s'offraient à lui. Il décida aussitôt de creuser. Sous la terre, la présence de crustacés ne le surprit pas : la fée avait évoqué une mer. Plus profondément, il exhuma des centaines de vestiges d'une cité engloutie. Il les mit soigneusement de côté, se fabriqua une très longue échelle pour descendre au fond du trou et, enfin, à plus d'un kilomètre de profondeur et après des jours passés à creuser, sa pelle produisit un bruit sourd en heurtant une masse solide. Il ôta alors frénétiquement à mains nues les derniers grammes de terre et, du ciel, les descendants des oiseaux de jadis, purent voir briller le même or que leurs aïeux.
       Le fleuve aux milliers de prisonniers dorés avait enfin été découvert et, dès la première pelletée de terre, la sorcière en avait été alertée. Elle suivit de loin l'avancée des recherches de ce vieil aventurier qui semblait avoir retrouvé une seconde jeunesse au vu de la frénésie avec laquelle il creusait le sol sur des kilomètres à la recherche du moindre indice permettant de redonner vie à ces convives. Elle attendait le moment opportun pour agir.
         Une année, puis plusieurs passèrent et, un soir, alors que l'aventurier harassé de fatigue tendait le bras vers le chapeau magique un petit oiseau vint se poser sur son épaule au fond de son trou.
- Si ta peau touche ce chapeau, mon ami, dit l'oiseau d'une voix nasillarde, tu seras aussitôt transformé en or, fais attention !
- Tu dois être ma fée, dit-il en caressant la tête de l'animal.
- Oui.... répondit la sorcière, toute heureuse  de cette confusion.
- Alors dis-moi ce que je dois faire pour sauver ces gens.
- Tu n'as qu'à mettre ce gant (et, instantanément, venu du ciel, un gant noir se déposa devant l'aventurier) et tout ce que tu voudras deviendra de l'or.
- Tout ? Tu es certaine ?
- Absolument tout, répondit-elle avec un sourire de victoire.
- Dans ce cas, très bien.
       L'aventurier enfila le gant noir, se saisit du chapeau et le lança sur l'oiseau qui, pris de surprise, n'eut pas le temps d'esquisser le moindre geste.
       La sorcière, prise à son propre piège, devint aussitôt une boule d'or qui tomba au sol.
- Tu ne pouvais pas être ma fée, dit l'aventurier, tu ne m'as pas parlé d'amour, seulement de profit.
       Alors qu'il prononçait ces mots, il sentit le sol s'humidifier. De l'eau jaillit ensuite de sous ses pieds et il se retrouva bien vite à danser et chanter dans une langue inconnue au milieu de personnes simplement heureuses. Le sort avait été levé avec la disparition de la sorcière. Désormais seul maître du chapeau, l'aventurier avait réussi sa mission.
       Le fleuve reprit sa place naturelle au milieu de la jungle, les convives et le couple royal furent surpris de ne pas retrouver leurs maisons mais, avec l'aide de leur nouvel alchimiste, toutes les portes s'ouvrirent plus facilement et chacun put poursuivre une longue et belle vie.
      Depuis, il se dit qu'un jour un ancien roi devenu pêcheur trouva dans ses filets un oiseau doré qu'il fit fondre sans regret sous les yeux d'une fée souriante.

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MAP 31/08/2015 22:07

Bravo Sébastien !! Quelle belle et douce inspiration pour ce conte de plumes et d'or !!! Je sens que je vais faire de beaux rêves grâce à toi ! Grand merci ! J'ai beaucoup aimé !

watrin 26/08/2015 10:20

j'aime ce long texte qui dégage de la morale et de l'amour pour l'humanité.